poèsie des larmes

Un temps pour écouté les songes de mon coeur et les sanglots de mon âme -poèsie des larmes-2005- textes et photos protégées par les lois sur la propriété intellectuelle Il fait si beau ce soir mon amour pourquoi m'as-tu laissé à l'abandon du passé

23 juin 2006

Les chroniques de l'empaleuse: Livre 1

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Les chroniques de l'empaleuse: Livre 1

Chapitres 1 & 2

Les chroniques de l’empaleuse : 1 Obscur instinct

Le dix-huit août deux mille cinq, a eu lieu le concert inter-celtique pour la saint Patrick. Lieu du rendez-vous: Bercy. Munis de places non assises, dans la fosse. L’entrée se fait par la porte vingt-sept. A peine avons-nous pénétré l’immense salle du palais omnisports, qu’une foule compacte nous écrase.

Mon regard se tourne vers les gradins. Des centaines de visages inconnus y trônent. On se croirait presque revenus au temps des Césars et du Colisée !

Apparaît un drapeau dans mon champ de vision. Il est de couleur blanche et strié de petits symboles noirs ! On dirait celui de la bretagne.

Un homme d’allure massive le fait tournoyer dans les airs, à la simple force de ses bras. Voilà de quoi nous mettre dans l’ambiance.

Me sortant de ma contemplation, Ghislaine me prend le coude. Il faut se rapprocher, me dit-elle. Le spectacle va commencer !

Je frôle, je bouscule, empêtrée dans cette masse humaine. On se croirait en une prison de corps moites et chauds. Je n’aime pas cette sensation qui m’étouffe. Il me vient à l’idée l’immense parc boisé, à deux pas de chez moi ! Comme je voudrais m’y trouver en

cet instant !

Enfin nous atteignons les froides barrières qui séparent la fosse de la scène. Le plateau est blanc pâle. Les projecteurs y dessinent un entrelacs de reflets brillants. Tel des serpents ils se meuvent, changent de forme au gré des minutes.

L’éclairage s’éteint ! On entend les pas des artistes qui se placent sur les planchent. Lumière de nouveau, sur un amusant groupe de marins. Peut être des bretons. Chacun porte une lourde cornemuse.
De tout côté la foule s’anime, elle explose, pressée d’exulter sa joie.

Les musiciens entament le concert au souffle de leur cor. Mes oreilles s’étonnent de ce bruit inhabituel. Je fixe le marin le plus proche et suis chacun de ses mouvements. Sa gorge, ses joues se gonflent à chaque expiration. On dirait un crapaud jouant de son chant en pleine saison des amours. Quel effort terrible pour donner vie à cette étrange musique !

Soudain s’empressent d’élégants personnages ! Ils se glissent avec grâce sur la scène. Leurs costumes noirs et d’argent vibrent à la lumière des projecteurs. Sous l’impulsion musicale les pas de danse se dessinent et prennent vie. Peu à peu le folklore des danseurs irlandais s’imposent. Ils frappent, ils claquent les planches avec précision et rapidité ; ils s’emparent de la scène.

Et puis mon regard quitte le plateau de son et de lumière. Mon instinct est attiré par quelque chose qui a lieu dans la foule. Il y a une adorable jeune fille rousse, habillée d’une robe verte pomme. Elle saute, applaudit, crie, sans remarquer l’ombre qui s’approche d’elle par derrière.

Moi je sais pourtant ce qui se cache dans les ténèbres. Comment ? C’est ainsi depuis que je suis petite ! Je perçois ce que les autres préfèrent ignorer. Ces créatures de l’obscur, je les connais. Mais celle-ci a quelque chose de particulier. Ce n’est ni un revenant, ni une âme en peine. Le seul mot qui me vient à l’esprit est vampire. Le voici dans toute sa noirceur et sa troublante beauté.

Cela se passe très vite et personne ne le voit ! Il la mord sur le côté gauche du cou et boit le juste nécessaire. Un œil non exercé pourrait croire qu’il l’embrasse. Je me rappelle avoir lu dans un livre que les vampires peuvent manipuler l’esprit humain. En voici donc la preuve ! La jeune fille a un malaise, elle titube, le vampire la

rattrape ! Elle s’excuse, elle a dû trop boire.

Pendant ce temps, il en profite pour toucher la morsure au cou de la jeune fille. Ses longs doigts blancs et fins comme ceux d’une poupée de cire font disparaître la plaie. C’est comme si tout cela n’avait jamais eu lieu ! Aucune preuve, aucune trace.

Il a remarqué que je l’observais. Son regard me pénètre et semble me traverser de toute son intensité. Et puis il chuchote quelque chose à l’oreille de la jeune fille rousse. Celle-ci sourit et cale son dos gracile contre le torse du vampire. Il sourit à son tour ! Il me nargue ! Je ne peux rien faire. Et soudain j’ai affreusement peur ! Je tire Ghislaine et lui demande de me suivre. Elle ne comprend pas, je lui explique qu’un type a essayé de me peloter, je désigne le premier venu.

Nous traversons la foule compacte et atteignons avec difficulté l’autre côté de la

scène ! Je regarde mon amie qui se tourne de nouveau vers le spectacle. Je suis horrifiée, personne n’a vu ce qui s’est passé ! A part moi!



Emilie.K

Les chronique de l'empaleuse 2: Les violettes

Le dix-neuf août deux mille cinq, il fait une chaleur infernale au manoir. Le seul endroit où il reste encore un peu de fraîcheur est la salle aux marbres. Je vais y prendre repos. Allongée à même le sol de blanc immaculé, je regarde les fresques du plafond. Les chérubins s’étalent avec grâce dans leur paradis d’huiles et de peintures. Mon petit corps de femme bouge au rythme de ma respiration. Mes cheveux reposent sur le sol autour de ma figure pâle. Il n’y a pas un souffle d’air, pas un bruit, dans la grande maison. Le silence possède l’espace.

Il s’approche, la langue pendante et le poil humide de transpiration. Le chien jaune s’arrête. Il est tout près de moi et me regarde. Ses grands yeux caramel me questionnent. « Viens lui dis-je ! Je suis toute aussi mouillée que toi. Tu ne risques pas de me gêner. » Nous dormons épuisés par cette chaleur caniculaire. L’un contre l’autre nos souffles se rejoignent, dans le calme paisible de l’après-midi.

Il tremble, se débat, il rêve mon chien jaune. Il me réveille. L’écume pend à l’une de ses babines. Je souris de sa bêtise et de la mienne. Il rêve et alors je ne vois pas ce qu’il y a d’amusant. Moi aussi il m’arrive de rêver. Quelque chose longe les murs blancs de la salle aux marbres. Ce sont les ombres du crépuscule, il est tard. Je me lève et le chien jaune rêve toujours. L’extérieur m’appelle ! La nature est calme et fraîche, je dois sortir.

Dehors le soleil explose tel un cœur rougeoyant ! La beauté de l’instant me donne le vertige. J’ai encore oublié de déjeuner ! Aucune importance, j’ai besoin de me ressourcer. Retrouver mes marques animales, dans ce monde végétal. Je marche. Mes pieds nus et fins écrasent l’herbe du jardin. Il fait si doux. Derrière moi il y a cette femme. Cette inconnue qui veille chaque soir sous le vieux tilleul. Je suis seule à voir ce fantôme. Je lui tourne le dos et me dirige vers le sous-bois.

Les dernières feuilles de l’automne craquent joyeusement à chacun de mes pas. La terre de la forêt est sombre et chaude, c’est agréable. Soudain mon obscur instinct ressent son aura. Ce pouvoir maudit et ancien rôde, tel un prédateur dans l’air du soir ! Un instant j’écoute sa musique maléfique. Mon besoin animal reprend rapidement le dessus. La nature m’appelle.

Ce parfum enivrant, si sucré et si doux à la fois. Il est comme la proie, que je deviens inconsciemment ! Je repousse cette idée, comme celle de la peur ! On ne peut craindre la nature dans la forêt, comme une araignée dans une maison. Ce goût, ce parfum vite, ne plus réfléchir. Enfin je les trouve au pied du chêne. Ses demoiselles si fragiles, au violet d’une fleur. M’agenouillant je les arrache à pleine main ! Je les colle à ma figure brûlante et les respire plusieurs fois ! Ça y est la fièvre est passée. Mais pas la présence !

Elle se retourne, il la domine de tout son être. Dans son innocent regard on peut lire l’horreur ! Elle est prise au piège ! Sur ses lèvres de satin se lit défi, c’est le vampire. Il se met à genoux pour être à la hauteur de l'adolescente. Ses longs cheveux englobent son visage, tel un voile mystérieux. Etrangement, ils ont gardé la blondeur de l'enfance. Il laisse ses longs doigts pâles s'approcher de la jeune fille. Il veut la toucher. Celle-ci crie, recule. Elle refuse, se contracte! Les violettes referment leurs sombres corolles, l’obscurité devient fatale.


Emilie.K

Chapitres 3 & 4

Chronique de l'empaleuse 3: L'assassin

Le dix-neuf août deux mille cinq. Dix heures trente du soir. C’est la nuit totale. Couchée sur le sol de la forêt, je respire tout doucement. La fraîcheur moite du soir m’endort, une brise caresse mes jambes nues me donnant la chair de poule. Elles sont éclaboussées de sang frais. La jupe rose relevée à mi-cuisse, rouge et poisseuse, colle à ma peau.

Mon corps svelte reste inerte. Mes yeux fixent les ténèbres. C’est fini. Lentement mes paupières clignent, puis vient cette larme. La goutte glisse, s’écoule de mon œil gauche, roule jusqu'à se perdre dans la terre. Pourquoi cette larme ? Je connais la raison. Il faut toujours que je sois triste. Après avoir tué, il faut toujours que je sois triste. Cette phrase revient sans arrêt dans ma tête. Je suis un assassin, mais mon cœur est humain. Jamais je n’éprouve de plaisir à tuer des vampires.

Soudain, j’ai une crampe. Ma main droite est restée accrochée au manche trop longtemps. Il est sale, mon poignard d’argent. Sale de son sang. Je crie en voyant s'écouler le liquide vermeil et luisant. Il s’échappe du corps. Quelle horreur ! Et merde ! Ça m’apprendra à rester allongée près d’un cadavre. Je me relève en m'appuyant contre le chêne séculaire. « Si tu avais une langue tu en aurais des choses à raconter mon vieux ! »

Ca y est, je vais vomir. Ma bile jaune et acide s’éclate sur les violettes. Comme il fait froid.
Des pas font craquer le sous-bois ! J’ai la tête qui tourne.
« C’est toi maman ? Tu peux venir m’aider ! »
« Daphné, dans quel état tu t’es mise ! »
Rien qu’à l’entendre, je ris de bonheur ! Ma mère est pour moi le meilleur réconfort du monde.
-Dans celui d’une empaleuse de vampire, pourquoi ? J’ai une douche à prendre ! Tu m’aides à rentrer ?
-Il t’a blessé ?
- Seulement à la cuisse. Enfin rien de bien grave. Tu me guériras !
- Et le cadavre ?
- Ne t’inquiète pas, avec un bon seau d’eau bénite il n'y aura plus rien ! Ca le dévorera comme de l‘acide.

Assise sur une des chaises en fer forgé de la cuisine, je contemple ma mère. Combien de fois depuis mon enfance, a-t-elle pratiqué son don pour me soigner. Elle est une guérisseuse par magnétisme. Ses mains douces et fines ont la puissance de guérir les maux de la chair. Elle peut soigner une blessure par balle, mais pas un cancer.

Maman a gagné beaucoup d’argent avec ses facultés psychiques. C’est grâce à elle, si nous vivons dans autant de confort. Cela ne l’empêche pas de guérir les personnes les plus démunies, gratuitement. L’argent n’est pas tout.

Exposée à nu, ma cuisse droite porte de longues griffures profondes. Douloureuses, elles me brûlent. Ce sont celles que le vampire m’a fait avec ses ongles. Lorsque je lui ai enfoncé mon poignard en pleine gorge, sa main s’est accrochée à ma jambe. Peut être avait-il l’espoir que je recule, à cause de la douleur. Quoi qu’il en soit, il n’a pas su prendre en compte ma résistance physique et mon agilité. Avec rapidité je lui ai collé contre la poitrine mon arbalète miniature. Puis j’ai appuyé sur la détente, lui tirant un carreau en plein cœur.

Je suis une empaleuse de vampire. La nature m’a offert des talents innés. L’agilité d’un félin, me permettant d’être dix fois plus rapide qu’un être humain normal. Et parfois aussi plus qu’un vampire. Quant à ma résistance physique, elle est supérieure à la norme. Une blessure comme celle que m’a infligée le vampire aurait arraché la jambe à une personne normalement constituée.

Mon sixième sens de tueuse est un véritable radar à démon. Il me permet de repérer toute sorcellerie dans l’air, toute présence néfaste. Aucun vampire à la ronde ne peut passer sans que je ressente son pouvoir. Enfin aucun démon mineur. Certaines créatures comme les anciens vampires, savent rendre leur thaumaturgie carrément in-détectable.

Mais la magie n’est pas tout. Tuer un suceur de sang nécessite des armes. La plus basique reste l’objet de culte. Il maintient les créatures malfaisantes à distance. Repousse le malin. Son appartenance religieuse n’a aucune importance, ni le matériel dans lequel on le façonne. Il marche uniquement si celui qui le porte est un croyant. C’est la foi du porteur qui lui donne son pouvoir.

L’eau bénite a des propriétés remarquables et on peut s’en servir contre de nombreux démons. C’est un genre d’abrasif qui met les vampires en charpie. Par contre elle ne fait qu’effrayer les goules et zombies. Et n’a aucun effet sur les gargouilles. Le gros sel ou encore le sorbier et surtout les roses sauvages servent à la préparation de poudre ou de crème pour exorciser une personne ou dés-envoûter un lieu.

Quant à l’argent, il reste le meilleur moyen pour venir à bout des suceurs de sang. Mon poignard de vingt centimètres à double lame en est entièrement fait. De même, je possède une arbalète miniature. Dans les trente centimètres, facile à emporter. Il suffit de l’accrocher à sa ceinture. Ses carreaux sont en métal blanc massif.

La mère éponge la cuisse de sa fille avec des compresses. Un flot vermeil imprègne le coton blanc. « A mon avis ça va aller » me dit-elle. Elle enlève sa fine montre en or. Relève ses cheveux châtains en queue de cheval. Puis appose ses deux mains sur ma plaie. Son front se plisse sous l’effet de la concentration. Lentement les tissus se reforment et renaissent. Bientôt la peau redevient cette barrière fine et élastique du corps. Et il ne reste plus une égratignure.

- Maman j’ai un doute. Ce vampire m’a suivi au concert hier soir. Et enfin il est carrément ici chez nous au manoir.
« Dire que ton père aurait pu se trouver à ta place. Il ne possède aucun pouvoir, aucune protection lui ! »
- Tant qu’il reste à l’intérieur de la maison, il est sain et sauf maman. Tu le sais bien. Sans invitation un vampire ne peut entrer.
- Et si jamais c’était

la V.C

?
- Ce n'est pas eux. Arrête avec ça ! Bon je vais me changer. Merci pour ma jambe. On dîne ensemble si tu veux?


Emilie.K


Les chroniques de l'empaleuse: 4 Maître Tahn

Le vingt-cinq mai mille neuf cent quatre-vingt-dix-huit. Au sud du Laos. Près d’Attapeu. Au Vat Si Sacket.
- Je suis maître Tahn. Ton mentor. Est-ce qu’on t’a expliqué pourquoi tu es ici ?
- Pour prendre des vacances ! Dit l’enfant en s’esclaffant. Elle a onze printemps et déjà tant de pouvoir.
- Je rigole monsieur ma mère a voulu que je vienne chez vous, pour apprendre. Enfin, c’est ce qu'elle m’a dit.
- Et toi qu’est-ce que tu crois ?
L’enfant se précipite pour répondre.
- Elle veut me protéger, elle a peur pour moi !
Ses petites mains maigres et blanches se collent sur sa bouche. Ses grands yeux verts me regardent avec surprise. Comme si elle venait de prononcer un mot interdit. Avoir tant de pouvoir et si peu confiance en soi. Je ne peux m’empêcher de sourire. Quel étrange enfant.
- Il ne faut pas avoir peur des mots, ma petite un jour ils seront ton arme. On peut vivre dans une maison exiguë, on ne peut pas vivre avec une âme angoissée. Assume ce que tu dis !
- Mais si j’ai tort dans ce que je dis monsieur ?

- Alors apprend à maîtriser les mots. La parole doit être vêtue comme une déesse et s’élever comme un oiseau.

Je suis maître Tahn. Comme tout bonze ancien, j’enseigne mon savoir aux plus jeunes. J’ai le pouvoir d’exorciser les démons et de les repousser. C'est-à-dire lorsque je rentre en transe, mon aura devient encore plus puissante qu’un objet religieux. Ma simple personne arrive à faire fuir les présences néfastes. Mais je ne tue pas les démons, ma religion me l’interdit.

Pour ce qui est des combats, je connais plusieurs formes d’arts martiaux, telle la boxe thaïlandaise et le Kung-Fu. Je manie aussi un nombre important d’armes blanches, dont le sabre japonais et l’arc.
Aujourd’hui Bouddha, j’accepte ce nouveau fardeau que m’offre la providence. Faire de cette petite fille une tueuse de démons.

Deux semaines plus tard. Le soleil se lève sur le Mékong. Les rayons imprègnent les eaux et le rivage. Peu à peu le fleuve revêt son habit bleu. Les jacinthes se balancent au gré d’une brise matinale. Les chiens sauvages, maigres et galeux se battent déjà au réveil.
Assise sur la rive de sable doré, l’enfant dort, recroquevillée en boule. Je l’ai veillé toute la nuit. Elle ne le sait pas encore.
Lentement elle ouvre les yeux et se lève. C’est une enfant craintive. Daphné ne prend jamais le temps de s’étirer ou de rester au lit, toujours sur le qui-vive. Prête à se battre, pour survivre.
Un regard de sa part et déjà un flot de questions non exprimées traverse l’espace. Ses yeux si verts en amandes savent tout dire.
- Daphné, pourquoi n’as-tu pas dormi au temple hier soir ?
- J’aime bien camper dans la nature des fois, Maître Tahn. Vous êtes resté toute la nuit à mes côtés ?
- Oui toute la nuit. Pourquoi es-tu allé dormir dehors ? Qu’est-ce qui s'est passé au temple ?
- C’est la statue du Bouddha. Celle avec le Naga dans la cour…
- Qu'a fait la statue, petite ?
- Le Naga, il est vivant ! Il a dit que Bouddha ne veut pas de moi. Etant donné que mon destin c’est de tuer. Et que personne ne veut des assassins. Il a juré de protéger le temple de gens comme moi !

L ‘enfant est en colère. Son visage maigre laisse ressortir les contractions de sa petite mâchoire. Ses poings sont serrés comme prêts à frapper. Je me tais et attends la suite.
- Vous ne m’avez rien dit, Maître, pour le Naga. Pourquoi ?
- Parce que tu ne me l’as jamais demandé.
- Mais il a promis de tuer mon frère si jamais il venait me rendre visite.
- Ton frère ne viendra pas te rendre visite. Le Naga est un esprit neutre, qui aime tester les êtres humains. Celui qui refuse de répondre à ses provocations, gagne son respect et sa protection. N’oublie jamais Daphné, si tu ne peux le combattre, embrasse ton ennemi.
- J’ai échoué Maître comme toujours. Vous feriez mieux de m’abandonner.

Je regarde cette enfant, si petite et si touchante à la fois. A son âge je n’entendais pas le Naga. A son âge, je jouais au bord du Mékong avec mes camarades.
- Aujourd’hui est un nouveau jour. Il n’est jamais trop tard. Viens, Daphné.
Je lui tends la main. Elle hésite.
- Allez, viens. Les autres enfants au monastère ont demandé après toi. Tes camarades Lan et Moun t'ont cherché partout hier !Ce matin vous pourrez aller donner ensemble le bain à l’éléphant sacré.
Un sourire se dessine sur les lèvres sèches de la petite fille.
- Oh oui !

Emilie.K

Chapitres 5 & 6

Les chroniques de l’empaleuse : 5 Le frère

Le premier octobre deux mille deux, Sud du Laos. Près d’Attapeu Vat si Sacket.
C’est la mousson, période dans mon pays où le ciel pleure. Notre terre s’abreuve, se gonfle de toute cette eau. Elle s’enrichit de vie.
La pluie se tait, ce n’était qu’une averse passagère. Légère et humide, comme il y en aura beaucoup d’autres. Le soleil réapparaît et les rizières brillent. Des milliers de petits lacs viennent de naître sous la pluie. Au Laos le temps c’est arrêté.
J’observe au loin ma petite protégée. Daphné a changé, s’est épanouie. Sous sa chemise de coton et son sarong on devine les formes d’une femme. Tandis qu'elle me rejoint ses pieds ne glissent pas dans la terre boueuse. Petite blanche du Mékong a plus d’assurance que le buffle, qui vient à sa suite.

Nous sommes tous deux assis à l’abri. L’enfant et le vieux maître sur un vieux banc de bois, dans la cour intérieure du temple. Il pleut sur la statue du Bouddha au Naga. La pierre se nettoie tout doucement. Les perles d’eau s’écoulent à travers les reliefs de la statue, faisant luire les quelques plaques d’or, offrandes des fidèles.
- Maître Tahn, comment on oublie un souvenir ?
- Comme on compte les gouttes de pluies.
- C’est impossible !
- Tu as ta réponse.
- Je ne vous ai jamais raconté l’histoire de mon frère.
- Daphné, as-tu envie de me la raconter ?
- Oui, depuis que je vous connais. Mais je n’osais pas, le retour de mes souvenances est une chose qui me terrifiait. Je n’étais pas prête. Aujourd’hui la confiance me porte, le temps m’a rendu plus forte.

- Celui qui va doucement va loin, Daphné, tu le sais.

L’enfant évite mon regard, contemple la pluie, la statue, se rassure.
- Cela fait quatre ans maintenant. Pourtant j’ai l’impression que cela c'était passé hier. Mon frère avait alors quinze ans. Nous sommes allés à une exposition, au palais de la découverte à Paris. Je crois que c’était un samedi. On n'était rien que tous les deux.
Comme à chaque fois, il y a eu des disputes et de bonnes parties de rigolades. Vous savez Maître, William c’est toujours occupé de moi. C’était un grand-frère idéal et présent.
Elle s’arrête de parler. Un triste soupir lui échappe. Puis elle reprend.

- Après l’exposition, nous devions traverser à pied une grande avenue. Je ne sais plus le nom de celle-ci. Il faisait déjà nuit. Fatigué, je traînais derrière mon frère. L’obligeant à ralentir. Et puis il y a ce bruit affreux de carambolage. D’abord le heurt, ensuite la chute. William a été renversé par une voiture. Le chauffard ne n'a même pas pris la peine de s'arrêter, continuant à rouler aveuglement.

-Mon frère c’est retrouvé allongé par terre sur le ventre. Il ne bougeait presque pas. Une de ses jambes était tordue dans un angle douloureux. Sa voix m’a appelé une fois. Je suis allée à ses côtés, ne sachant que faire. Bouleversée, remuée par ce qui venait de se produire. Peu à peu, un attroupement de badauds commença à se former, tout autour de nous. Curieux et voyeurs face au spectacle d’un mourant. Je leur criais de reculer, d’appeler les pompiers ! Le blessé avait besoin d’espace pour respirer. Il n'y avait rien à faire, le troupeau se massait de plus en plus. Alors je me suis jetée sur mon frère, le protégeant de mon corps. Pour que personne ne le touche !
Ses petites mains maigres et stressées se croisent sur son ventre creux. La petite est anxieuse.

- Soudain la foule c’est tue. J’ai osé jeter un regard. Elle avait carrément disparu. Il n’y avait plus personne. Sauf lui, cet étrange vampire. On aurait dit un ange descendu du ciel, tant il était beau. Il s’est baissé à ma hauteur, ses longs cheveux blancs m'ont frôlé le visage. Leurs douceurs avaient celle d’un duvet de cygne, dégageant un subtil parfum de magnolia. Lorsqu’il a plongé son regard aussi mauve que des iris dans le mien, mon souffle a été coupé.
Il m’a demandé si c’était mon frère. Je n’ai rien répondu, tant j’étais captivée par ce fabuleux personnage.

Elle s’arrête, semble réfléchir.
- Je crois qu’il m’a caressé la joue du bout de ses doigts. Ensuite lui… non moi j’ai dit : -Monsieur vous pouvez appeler les pompiers ? Il a souri. Et m’a répondu : Si tu le souhaites, je sauverai ton frère. Mais en échange, tu me serviras un jour, avec tes pouvoirs.
Je ne savais pas quoi faire. Mon frère allait mourir, j’étais désespérée. Alors j’ai bêtement dit oui. La suite je l’ai oublié.  Elle fait une pause.

- Lorsque je me suis réveillée, j’étais chez moi auprès de mes parents. Ils m’ont appris que William mon frère, était devenu un vampire. En buvant le sang du damné… il est devenu un suceur de sang…par ma faute. Jamais je n'aurai dû accepter. Un frisson d’effroi lui échappe.

- Plus tard mes parents m’ont expliqué, que le vampire aux yeux mauve avait pris contact avec eux. Cela m’a effrayé au plus haut point. J'en voulais à mes parents de s’être informés auprès de ce monstre. Celui qui avait gâché ma vie. Par son acte cruel, il m’avait pris mon frère et mon innocence. Laisser à une enfant naïve le choix de toute une existence, c’était de la pure folie. A onze ans à peine j’allais déjà porter de lourds regrets. Ceux d’une gamine assurée que le destin s’est acharné contre elle. J’aurais voulu qu’il meure cet infâme démon ! Que toute cette histoire ne soit qu’un mauvais rêve.
- Et ton frère ?
- Depuis l’accident je ne l'ai pas revu. Mes parents voulaient que je l’oublie. Ils m’ont maintenu à l’écart de William, pendant toutes ses années.
- Et toi tu voudrais le revoir ?
- Non. Avec le temps j’ai compris leur geste. L’amour de parents, qui veulent protéger le dernier enfant qui leur reste. Comment leur en vouloir après ce qu’ils sont vécu.
Aujourd’hui je me suis fait une raison. William est mort pour moi. Et jamais je n’accepterai qu’il soit devenu un cadavre ambulant ! Jamais !

Daphné se lève. Puis s’écroule sur ses frêles genoux, se bouche les oreilles avec ses mains. Comme si, par ce geste, elle pouvait taire la réalité.
L’enfant pleure, sanglote sous cette douce pluie qui purifie le pays. Qui lave sa faute.
A mon tour je me lève et la prends dans mes bras vieux et usés.

- Ne pleure pas ma petite fille. Tu es si innocente. Tu ne pouvais pas savoir. La peine de l’enfant me bouleverse. Quant les éléphants se battent, ce sont les fourmis qui meurent !

Emilie.K


Les chroniques de l’empaleuse : 6

La Vlad Corporation



Le vingt août deux mille cinq. Manoir de la famille Sorbier. Premier étage chambre de Daphné du Sorbier.

Une photo du frère gît sur la table de nuit. Je lui jette un regard le temps de sentir mon cœur qui souffre, puis je m’en détourne. Mes mouvements froissent les draps mauves. Le lit grince doucement, il est ancien. La grande fenêtre de ma chambre laisse pénétrer l’air frais et doux du matin. Le carillon chinois tinte tristement. Mes yeux se ferment, le nez frissonne. Un parfum envoûtant atteint mes sens : des roses rouges sûrement celle du jardin.

Le départ approche. Une chose me tient à cœur malgré ma fuite, une seule que j’aimerais emporter. Ce dernier instant de calme passé dans la vieille demeure. Allongée dans ma chambre, l’impression de fusion entre la maison et moi court les murs. La présence du grand espace clos se propage dans mon être. Tels les racines d’un arbre, qui envahissent la terre.

Et pourtant le temps me rattrape. Mes belles pensées se fanent déjà, dessèchent et meurent. Comme des fleurs sans eaux ! Partir et quitter. Ses deux mots résonnent affreusement dans ma tête. Le temps m'est compté. Mais pourquoi ça? J’ouvre les yeux sur la réalité. Elle gît exactement là sur le tapis persan cette fameuse lettre. Ce pâle morceau de papier irréel qui peut modifier un destin.

Il y a deux jours, est arrivée une missive de la “VC“ : Vlad Corporation. Elle m’invite à passer un entretien dans leur centre, pour le poste d’agent de sécurité. Non seulement je n’ai jamais proposé ma candidature, connaissant ses activités aussi illégales que secrètes. Et comme beaucoup d'autres tueurs de démons, je suis totalement hostile à la “Vlad Corporation“.

La “VC“ se fait passer aux yeux des mortels pour une grande firme multinationale. Elle possède un nombre faramineux d’entreprises dans divers domaines. Allant des produits de luxes aux recyclages. Implantée sur tout le globe, pas un pays ne lui échappe.


C’est sans oublier son siège où trônent les plus puissants vampires de la planète. À travers elle est dirigée le monde des ténèbres! Rien ne s’y passe sans son accord.
Les autorités sont parfaitement au courant, pour les activités illicites de la “VC“. Et la cautionnent.
Ils se reposent totalement sur elle pour faire le sale boulot. Comme cacher à la population l’existence des vampires et autres créatures malfaisantes.

Mais voilà, il y a les renégats. C’est ainsi que les vampires nous nomment, nous autres humains tueurs de démons ne travaillant pas pour la “VC“. Sans sa licence, nous sommes des rebelles. Nous avons donc un statut de paria. Et tout comme les empaleurs font la chasse aux vampires, les agents de la “VC“ font la chasse aux renégats. Ils tentent d’en recruter un maximum dans leurs rangs. Pourquoi ? C'est très simple, les gens tels que nous mettent la “VC“ en péril. Nous sommes les seules armes anti-démons présentes sur terre. Donc, soit ils nous contrôlent, soit ils nous tuent.

Jusqu'à aujourd’hui, j’avais une bonne couverture. Après la mort de mon frère, mes parents ont changé d’identité, ont recommencé une nouvelle vie. Et moi de mon côté, il y a encore deux ans j’étais introuvable. Vivant dans un monastère au Sud du Laos, avec mon mentor maître Tahn. L’homme qui m’a tout appris. Mon deuxième père et professeur !

Dernièrement, je travaillais à mon compte. Comme chasseur de prime pour démons bien sûr. On me contactait à travers une boîte mail sur internet. Sous le nom de “la belle dame sans merci“.
En l’espace de vingt-quatre mois, j’ai liquidé une dizaine de vampires. Seulement quatre étaient sous contrat. Sans compter le dés-envoûtement que j’ai dû effectuer au Caire lors de mon dernier voyage. Un fantôme tueur avait la sale manie de s’attaquer aux touristes.

En conclusion, le dernier vampire sur ma liste que j’ai tué au manoir chez moi devait être un agent de la “VC“. Ma mère avait donc raison. Maintenant qu’ils m’ont trouvé, ils risquent de ne pas lâcher prise.

Mes parents ont pu quitter en urgence le pays hier et rejoignent un couvent bénédictin en Espagne. Ils en sont les principaux mécènes. Les moines se feront une joie de les accueillir. Mais surtout, aucun vampire ne se risquerait dans un lieu saint. C'est un énorme soulagement de les savoir en sécurité.

Quant à moi, je prends le vol de onze heures, direction le Laos. Je n’ai pas prévenu maître Tahn de toute manière il n'a pas le téléphone, nous communiquons par courrier. Ma lettre n’arrivera pas avant une quinzaine de jours, donc je la posterai à mon départ.


Emilie.K

Chapitres 7 & 8

Les chroniques de l’empaleuse : 7 La lune

Le vingt août deux mille cinq. Onze heures dix du matin. Aéroport Charles de Gaules Paris. Vol de la “thai airlines“ en partance pour le Laos.

Comme une bulle. L‘avion est comme une bulle qui nous coupe de l’extérieur. Cela donne l’impression d’être déjà parti. Ma place se trouve côté fenêtre, à travers le hublot on aperçoit le soleil. Il réchauffe la piste de l’aéroport où courent des vagues de poussière. Ici le vent comme les avions n’arrête jamais sa course.

Lentement, l’appareil s’emplit de bruit. L’arrivée massive de passagers me tire de ma contemplation. La bulle de fer prend rapidement vie. Et moi qui déteste subir les transports combles. Au moins j’ai l’avantage d’être en première classe et d’avoir droit à un peu plus d’espace. Le siège à mes côtés est vide. Quelques personnes en costard et attaché case passent devant moi. Des hommes d’affaires pour la plupart. Ils ignorent le siège libre.

- Mademoiselle ? Un steward plutôt canon me tend une lettre.
- C’est pourquoi Monsieur? Il a un sourire à se damner. Et ses yeux bruns comme du chocolat me font presque fondre.
Il tend en plus la lettre vers moi.

- C’est pour vous. De la part de l’équipage, pour la plus belle des passagères. De nouveau, il remet ça avec son sourire. Je lui prends la lettre des mains, histoire qu’il débarrasse le plancher. Les hommes volages, ce n'est pas ma tasse de thé. Le steward me remercie et retourne à ses occupations. Qu’est-ce que les gens ne sont pas prêts à faire? Me servir une publicité ou autre message commercial en me draguant. Ce n'est pas croyable.

La petite lettre m’intrigue il n’y a rien d’inscrit sur l’enveloppe, c’est bien un message et non une publicité. Impatiente de découvrir son contenu, je l’ouvre. Dedans il y a une carte de tarots peinte en rouge et jaune ; elle porte le symbole de la lune, en art divinatoire cela signifie que la réalité illusoire nous tombe sous les yeux ! Ce n’est pas bon signe. Soudain, des picotements électriques courent dans mes bras, il y a de la magie dans l’air, cette carte est envoûtée. Je la retourne derrière sont inscris d'étranges runes à l'encre noire impossible de les identifier. Par contre je sais reconnaître un objet ensorcelé, maintenant que la carte est touchée le sort est actionné. C’est une ruse vieille comme le monde. Le plus incroyable est le jeteur du maléfice. Sa maîtrise de la magie est telle qu’il m’a été impossible de détecter son sort. Et merde ces saloperies de vampires vont bien finir par m’avoir. Je tente de me lever et reste clouée sur place, les membres paralysés. Il me faut crier, mais aucun son n'arrive rien ne sort de ma bouche, mes lèvres immobiles restent figées. Dans ma poitrine mon cœur s’emballe je panique. C’est un sortilège de contrôle, une personne puissante a pris possession de mon corps. Et bientôt se sera au tour de l’esprit !

- Cesse de résister Daphné. Il faut dormir ! Murmure une voie glaciale dans ma tête.
Oh mon dieu, il a réussi à passer mes barrières mentales ! Je le sens qui envahit mon esprit, tel une brume versatile, qui recouvre un sous-bois. Il me faut changer de tactique. Rapidement se modifie l’aspect de mon esprit et apparaissent mes nouveaux barrages psychiques ! La forêt tempérée de conifères, devient une jungle épaisse et impénétrable. Mais l’ennemi ne lâche pas prise. A son tour il se transforme. Et devient un jaguar, enfant de la lune. Je tente de refermer l’étau de la forêt sur lui. Cela ne sert à rien, il traverse toutes mes défenses habilement. Les ténèbres avancent toujours plus vite. « Il faut dormir petite fille. Tu vas te fatiguer ! »

Je me recroqueville de plus en plus dans ma tête. Si ça continue, il finira par atteindre ma psyché !
- Qui êtes vous ? Que voulez-vous ?
- Je suis le Prince des ténèbres et tu me dois une faveur petite fille !
Mon dieu, la dernière barrière est presque dépassé ! Je n’ai plus qu’une solution, le voyage astral. Faire quitter à mon esprit son corps! Rapidement j’atteins les eaux profondes de mon âme, transcende, me sépare du monde physique. Emmenant avec moi la jungle épaisse et impénétrable.

Au loin le cœur s’essouffle. La torpeur de ses faibles battements, laisse le flux sanguin s’épaissir. Mon corps devient inconscient, pris dans un coma inertiel.


Emilie.K


Les chroniques de l’empaleuse : 8 La visite

Le vingt et un août deux mille cinq. Monastère Si Sacket sud du Laos, chez maître Tahn. Deux heures du matin.

Je m’éveille. Dans le monastère tout est calme. Le silence imprègne les murs. Mes élèves dorment à l’abri dans leurs rêves. Le jour se lèvera dans plusieurs heures. Et pourtant dans le murmure nocturne, je sais reconnaître une présence.

- Daphné mon enfant c’est toi ?
La jeune fille apparaît devant moi, comme sortie de nulle part. Pâle tel un fantôme né de la nuit. Elle a changé depuis la dernière fois qu’on s'est vu.

- Bonsoir maître Tahn. Alors, après deux ans de séparation, vous êtes toujours le même? Bienveillant et inchangé.
- Tu sais que je n’aime pas les flatteries, Daphné. Et encore moins les jeunes gens qui s’introduisent chez moi, comme un esprit frappeur.
« Maître il est arrivé un grave incident. Une personne mal intentionnée a pénétré mon esprit. Il a traversé tous mes barrages mentaux sans faillir et m'obligeant à fuir avant qu’il n’atteigne ma psyché ! Quant à mon corps, il en a pris possession, m'obligeant à l'abandonner. »

- Je suis sûr que Mircéa a voulu te donner une bonne leçon !
- Mircéa ? Il m'a dit s'appeler le prince de ténèbres!
- Oui entre autres, il a de multiples noms. Mais pour moi, il reste Mircéa, celui qui a veillé au bien de ta famille et à ton éducation. Il est mon ami et a toute ma confiance. Mircéa saura mener ton instruction à bien !

- Maître ! Mais enfin je ne comprends pas !
- Mircéa va être ton nouveau mentor. Il est le seul à pouvoir te protéger contre la “VC “. Te mettre hors de sa portée. Sans lui tu es perdu !
- Changé de mentor comment ça ?
- Je ne suis plus apte à te défendre. Toi et ta famille êtes en péril. Enfin pour l’instant tes parents sont en sécurité tant qu’ils restent en Espagne !
- Et qui est ce Mircéa ?
- C’est le vampire qui a sauvé ton frère après l’accident. Le damné que tu hais tant. Pourtant c'est grâce à lui si tu es encore en vie aujourd’hui. Ta famille lui doit tout. Ce sont ses relations, qui leur a permis d’obtenir une nouvelle identité. Et c’est d'après ses conseils, que ta mère a pu t'envoyer faire ton apprentissage ici au Laos.
- S'en prendre à ses futures élèves, ce ne sont pas les façons d'agir d'un professeur. Mais celle d'un ennemi!
Mircéa t’a embarqué dans ce combat psychique, pour te tester. Il teste toujours ses élèves !

Sur son visage fantomatique se dépeint toute l’horreur que lui provoque cette révélation.
- C’est propre manière d’enseigner ! Me tester ? Il a failli me rendre folle ! Maître, vous m’avez caché la vérité pendant toutes ses années ? Mes parents aussi sont mêlés à l’histoire ? Et vous voulez me faire croire que cette créature malfaisante a contribué au bien-être de ma famille ?
- La bouche qui parle trop vite fait perdre la confiance, les pieds trop agiles font tomber de l’arbre. C’est comme avec le Naga. Daphné, tu persistes à vouloir faire les choses à ta manière. Et lorsque tu vois que ça ne marche pas, tu viens pleurer dans les jupons de ton professeur. La réalité Daphné, c’est que tu n’es plus une enfant. Oui, la réalité illusoire vient de tomber sous tes yeux. Alors il est temps d’arrêter de fuir et de faire face à tes problèmes!
- Dites-moi que c’est un cauchemar ! Vous êtes avec ce monstre ?

Je soupire, la fatigue m’envahit. Je me reprends.
- Mircéa a été très généreux envers tes proches. Sans lui, ils auraient été liquidés par la “VC“. Et toi tu serais devenu une de leur bête de laboratoire. Qu’ils auraient tué à la longue ! Tu as bien trop de pouvoir, et cela effraie la “VC“. N’étale pas tes entrailles pour que les corbeaux s’en repaissent Daphné !
- Mais pourquoi toute cette mascarade ! Quelle raison vous a poussé à me cacher la réalité?

Son regard reflète le choc provoqué par mes révélations. Je ne vais pas m’arrêter là. Il faut quelle part.
- Mircéa saura t’expliquer les raisons pour lesquels la vérité t'a été dissimulée. Quant à moi, je t’ai laissé bien trop de liberté dans ton instruction. Et j’ai plus été un père, qu’un professeur pour toi. Maintenant je te demande de respecter ton nouveau Maître. Apprend de lui et écoute ce qu’il te dit. Et surtout protège-toi du vent, suivant la direction d’où il souffle !

Emilie.K

Chapitre 9

Les chroniques de l’empaleuse : 9 Le Prince vampire

Le vingt et un août deux mille cinq. Avion privé de l’Ordre du Dracul. Vol à destination de la roumanie. Trois heures sept du matin.

Dans l’air flotte un parfum précieux, c’est du magnolia. Un frisson m’échappe, j’ai froid. Etrange ce bruit comme un sifflement, qui passe dans mes oreilles. Elles sont bouchées. Je tente de réveiller mon corps. Il semble encore flotter dans une torpeur inertielle. Je m'étire, les membres se révèlent lourds et ankylosés. Et ce froid désagréable qui revient.

Je suis épuisée, à bout de forces. Faiblesse résultant de mon voyage astral. L’esprit s’évade, mais en attendant l’organisme se détériore, s’affaiblit. On est presque comme un animal en hibernation. Le cœur bat lentement, le flux sanguin s’épaissit. Le retour est brutal et douloureux, lorsqu'on réintègre son enveloppe corporelle.

J’ouvre les yeux et les referme rapidement. L’intensité lumineuse est trop forte pour ma cornée, qui n’est plus habituée. Des tâches de couleurs éclatent sous mes paupières. Il va falloir que je prenne mon temps.

Quelques minutes plus tard, immobile, mais éveillée, j’observe. Je ne m’étais pas trompée. Je me trouve bien dans un avion. Et vu la cabine qui est plutôt spacieuse, c’est sûrement un appareil privé. Comment suis-je arrivée ici ?

Je retourne à mon observation des lieux. Couchée sur un canapé confortable en cuir blanc, il y a devant moi une table basse en acajou. Dessus sont posés un verre de jus d’orange et une coupelle de cacahuètes. J’ai terriblement soif, ma gorge est très sèche. Mais je n’ose pas boire. Cela pourrait être un piège.

- Tu peux te servir c’est pour toi ! Je reconnais tout de suite cette voix glaciale et dominatrice ! La même qui avait pénétré mon esprit la veille. Aussitôt j’oublie mon corps épuisé et groggy, m’assieds, prête à affronter mon nouveau Maître. Mes gestes étaient trop brusques, j'ai un léger vertige mais je tiens bon.

Placé en face de moi sur un fauteuil de cuir noir, le prince des ténèbres me dévisage. On dirait presque que son sourire narquois m’évalue! Il est plutôt grand, dans les un mètre quatre-vingt. Un vrai géant comparé à moi. Je fais tout juste un mètre soixante. Les jambes sont croisées et les bras reposent sur des accoudoirs. Il ne faut pas se fier aux apparences. Un prédateur se tapit derrière cette façade calme et tranquille.

Le vampire est resté le même, celui de mes souvenirs. Son corps est svelte, ses traits du visage sont fins, presque androgynes. Les pommettes saillantes et la mâchoire carrée. Ses yeux, deux lacs immenses et mauves qui fixent mes mouvements.
Le teint est pâle comme une perle, mettant en valeur des lèvres vermeilles, bouche en bouton de rose. Les longs cheveux de neige sont lâchés et entourent ses épaules musclées.

Ses habits sont aussi élégants qu’extravagants ! Il porte une veste en satin vert sombre. Elle est de style quinzième à la française. Avec des manches en entonnoirs. Des motifs dorés s'égrènent sur le col et les poches. En dessous, la chemise noire à jabot est d’une soie presque transparente. Cela donne un effet drapé mouillé, mettant en valeur la musculature de son torse.
Un pantalon cigarette plutôt étriqué et des bottes cuissardes aussi sombres que sa chemise, moulent la perfection de ses jambes puissantes.

Un mince sourire narquois se dessine sur ses lèvres. Il connaît l’effet qu’il provoque sur les gens. Et en tire un profond plaisir narcissique.
- Alors ton nouveau maître te plaît, petite fille ?
Sa voix me fait sursauter. Je détourne les yeux. Honteuse de l'avoir détaillé ouvertement. Mon attraction à son égard est flagrante!
- Vous êtes Mircéa ?
- Pour toi je suis le Prince Mircéa Alexander de Valachie, petit-fils de Vald trois l’empaleur. Mais votre grandeur ou Maître suffira !
- Prince, Maître ?? Je… Un Prince, descendant direct de Dracula, rien que ça! Cette révélation me coupe le souffle. Je suis en plein cauchemar !
- Alors ton petit voyage transcendant ? Il t’a apporté les réponses escomptées ?
- Plus au moins !
- Tu n’as pas vu ce bon vieux Tahn ?
- Si, mais comment vous savez que…
- Comment quoi, comment qui ! Allez reprenons du début. Tu me dois une faveur, j’ai sauvé ton frère puis toi et enfin ta famille. Pourquoi ? Ma société secrète l’Ordre du Dracul combat la “VC“. Celle-ci ne veut pas la survie de l’humanité. Au contraire elle veut l’anéantir. Son but est de faire régner le chaos sur le monde. Mais voilà, je crois que si la race humaine disparaît, les vampires disparaîtront à leurs tours.
- Pourtant la rumeur court que la “V.C“ est dirigée par votre grand-père ! Vlad trois l’empaleur.
- Oui c’est exact. Et moi-même je fais partie de la “VC“. Vois-tu, Vlad trois est devenu fourbe et fou avec les ans. Au point qu’il ne sait même pas que son propre petit-fils lui met des bâtons dans les roues.

Il fait une pause. Puis reprend.

- Quoi qu’il en soit, je n’ai pas l’intention de détruire la “VC“ pour le moment. Je ne fais que réparer les dégâts d’un vieil homme sénile, en recrutant de jeunes personnes dotées de dons hors du commun. Telles que toi. Je les entraîne, leur apprends à maîtriser leurs pouvoirs puis les envoie en mission à travers le monde. 
- Vous êtes donc infiltré dans la “VC“ ?
- Oui et c’est comme cela que j’ai su, pour la lettre qu’ils t’ont envoyée. De même que j’ai appris de tes parents ton départ pour le Laos.
- Mes parents ont gardé contact avec vous ? Mais ils m’avaient pourtant assuré le contraire !
- Comment crois-tu qu’ils prennent des nouvelles de ton frère ? Qui les a aidés à se construire une nouvelle identité après l’accident?
Et ta mère est dotée d’un pouvoir de guérison. Ce n’est en rien comparable à celui d’une empaleuse . Seule elle n’aurait jamais pu gérer ton éducation. Il fallait t’amener à un éminent spécialiste des vampires comme Tahn. Qui lui a pu t’instruire dans la bonne voie. Ta famille avait besoin de l’aide d’une personne haut placée et de confiance comme moi.

Ils croisent ses longues mains fines sur ses genoux.
- Et puis, tu es quelqu’un qu’il faut surveiller en permanence, Daphné. Tu as la manie de fuir à tout bout de champ, devant tes responsabilités. Tuer un agent de la “VC “, en plus chez toi c’était vraiment risqué ! Ton manque d’efficacité et de discrétion ton piégé !
- Vous m’avez manipulé, surveillé. Et maintenant vous me balancez la vérité à la figure, comme on parle du mauvais temps ! Ensuite vous critiquez mes actes, alors que vous n’avez rien fait pour me venir en aide. Je rêve ou quoi ! Je ne suis pas plus une enfant. Je ne vous dois rien du tout. Manipuler une gamine de onze ans, ça c’était franchement nul et lâche. Et vous avez osé impliquer ma famille dans cette histoire. Mais vous voulez me rendre folle à la fin? Je bous de l’intérieur. Tout mon corps est devenu un volcan prêt à entrer en éruption d’une minute à l’autre. L’envie de meurtre me démange.

- Et c'est quoi cette histoire de tarots ? De carte envoûtée ? Pourquoi n’êtes-vous pas venu me chercher chez moi tout simplement? Vous ne pouvez pas faire les choses comme tout le monde !
- La “VC“ garde en permanence un œil sur toi. Elle épie tous tes faits et gestes. Il fallait trouver quelque chose qui dérive leur attention. Dans l’avion, le personnel de bord t'a trouvée évanouie, dans les pommes. On t'a fait descendre de l’appareil et mis dans une ambulance. Te croyant comateuse et en direction pour l’hôpital, la

“VC“ n’avait plus besoin de te faire suivre. Puisque à priori tu devais te tenir tranquille. Mais vois-tu, l’ambulance qui te transportait était conduis par mes hommes. Qui t'ont amenée à l’aéroport du Bourget où mon avion privé t’attendait.
- Alors ça s’est passé comme çà ! On m’a trimbalé comme un vulgaire sac à farine d’un avion à l’autre !
- Oui. Et il est vrai que la carte de tarots était un test. Je teste toujours mes élèves. Il me fallait savoir comment tu t’adapterais en situation de crise. Et je t’avoue être déçu. La fuite est la solution facile. Celle des lâches !
- Je n’ai jamais connu pareille situation ! Vous êtes quoi exactement, un vampire bizuteur de cerveaux ?
- Appelle-moi Maître ou votre grandeur, petite ! dit-il d’une voix suave.

Ce buveur de sang et ses manières me fait froid dans le dos. Je n’ai jamais rencontré une créature aussi dangereuse et puissante. Mais je refuse de me laisser impressionner !

- Je n’avais aucune autre solution, à part fuir. Il fallait que je me protège de vos intrusions.

- Te protéger ! Il rit lentement d’une manière sarcastique. Je déteste se rire !

- Tu n’es pas curieuse Daphné ?

- Curieuse ?

- Tu ne veux pas connaître l’effet que procure, l’invasion par une autre personne de ta

Psyché ?
- Mais c’est un viol ! C’est mon esprit, il m’appartient. Personne n’a le droit de pénétrer mon jardin secret ! Vous n'êtes pas bien !
- Ton jardin secret ? Quelle adorable expression ! Son sourire devient mielleux et ses yeux brillent d’une lueur cruelle.
- Mais enfin Daphné tu m’appartiens corps et âmes ! 
- Allez vous faire voir ! Je n’appartiens à personne ! Et encore moins à un mort-vivant pompeur de votre espèce. Avec une vitesse d’action invisible, le vampire se trouve soudain assis à mes côtés. Il est très rapide, je n’ai rien vu venir. Le seul suceur de sang qui a su me surprendre comme le Prince, était mon premier tué. Et cela uniquement parce que j’étais sans expérience à l’époque ! Seul un ancien vampire peut réaliser un tel exploit.

D’une même rapidité de mouvements, le vampire s’empare de mon bras gauche et me le tord dans le dos. Je crie, immobilisée par la douleur ! Ce salaud connaît parfaitement les points sensibles des articulations. Sa bouche s’approche de mon oreille et la frôle doucement. J’entends les froissements de sa veste en satin, contre ma cuisse. Cela me donne la chair de poule.

- Daphné tu es une mauvaise élève. Tu n’écoutes pas ce qu’on te dit. Maintenant il va falloir te punir. Mais je suis sûr qu’après ça, tu écouteras plus attentivement.
- Arrêtez, non… Ma voix est très faible, tant elle tremble. La peur m’étouffe.
Sans prévenir, le vampire s’empare d’une poignée de mes cheveux bruns. Et me tire violemment la tête sur le côté, exposant la partie droite de mon coup nu. La peau blanche et fragile se zèbre de veines palpitantes, aux battements d’un cœur affolé.

Il mord, pénètre la chaire innocente de ces crocs froids et aiguisés. Des larmes de haines roulent sur les joues de la jeune fille. Lentement le vampire suce le fluide rouge et précieux. Lentement il boit la vie.

Emilie.K

Posté par Lointaine à 15:13 - Livre 1: Les chroniques de l'empaleuse - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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