26 mai 2006
Le destrier de l'apocalypse

(Icarus Meteyard, Sidney Harold 1900)
Le destrier de l'apocalypse
Au plus profond de la nuit où les légendes prennent vie, se débattait une mince silhouette dans ses insomnies. Son corps aux courbes d’albâtres semblait vouloir échapper à l’éveil, tandis que s’évaporait son sommeil. La chaleur estivale en cette fin de mois d’août était celle d’un four et même en pleine campagne Bretonne il n’y avait pas moyen d’échapper à la canicule.
J’avais beau me tourner dans un sens et dans l’autre, Morphée avait bel et bien déserté mon lit. Mes vacances scolaires commençaient bien mal, je venais à peine de recevoir toutes les félicitations dues à la réussite de mon baccalauréat. Je me croyais enfin libérée d’un point immense, j’avais assuré mon avenir. Et maintenant je rêvais de découvrir le monde et de quitter pour un temps l’étouffant cocon famille. Mais voilà mes parents en avaient décidé autrement je me devais d’aller dans une prestigieuse université Parisienne. J’étais tant choquée par la nouvelle que je n’avais même pas pris le temps d’écouter le nom de celle-ci. « Tu as le talent nécessaire pour devenir écrivain, » m’avait dit ma mère « mais sans étude tu ne seras jamais rien, tu remettras tes projets de voyages à plu tard, la famille compte sur toi ».
Fiévreuse prise d’une bouffée de chaleur rien qu’à cette pensée, je m’extirpais de mes draps humides et froissés pour ouvrir la grande baie vitrée de ma chambre à coucher. M’installant sur le rebord de la fenêtre je calais ma tête, contre son battant de bois et observait le bocage brocéliandais, dans la brise du soir. Tandis qu’au loin me lorgnaient les chênes centenaires, gardiens mémoriaux du sacre de ces terres. Au loin hulula une chouette, dans cette obscurité palpable la faune nocturne semblait insaisissable. C’est ainsi que sous la torpeur lunaire, la frêle silhouette d’une jeune fille de dix-huit printemps, aux cheveux roux et flamboyants, faisant ressortir ses yeux verts le tout sertit sur une peau blanche et pâle, se laissait prendre aux charmes de la quiétude forestière. Qu’aurait-il pu arriver dans le fredonnement des noctambules grillons et du paisible murmure aquatique de la rivière. Pourtant je ne rêvais que d’une chose qu’on vienne mettre fin à ce destin pré fabriqué pour lequel je n’avais aucun goût.
Quelques minutes plu tard, je fus surprise dans mon semi sommeil par d’étranges mouvements dans le paysage forestier. Le manque de vision dans la noirceur nocturne et les bruits feutrés dans la végétation mirent mes sens en alerte. C’était comme si de tous côtés les pénombres avaient pris vie. Tentant de me lever pour refermer mes lourds volets et me mettre à l’abri, je fus stoppée dans ma course par le son d’une voix grave et étrange murmurant des paroles dans une langue inconnue. Aussitôt après je fus paralysée incapable de faire le moindre mouvement et d’avoir une quelconque réaction. Ce n’est qu’après m’être concentrée que je parvins finalement à tourner la tête sur le côté gauche. Je fus prise d’horreur en voyant un de mes bras pendre lamentablement dans le vide, tandis qu’un hippogriffe de la taille d’un cheval entailla profondément le muscle de ma chaire pâle et offerte sans que je puisse réagir. La douleur fut aiguë et fulgurante, laissant sur mes lèvres un cri muet. Comment cet être avait pu si facilement me surprendre sans que je le vois arriver ou que je l’entende ? Et par quel moyen m’avait il immobilisée Pensais-je tandis que les grandes ailes d’un bleu argenté, battait la mesure dans l’air, soutenant le destrier et son cavalier. Monté par un archange aux ailes et aux cheveux aussi noirs que la plume des corbeaux, ce destrier de l’apocalypse s’abreuvait à la coupe de mon sang. Face à cette scène terrible j’eus l’impression de suffoquer et je tombais dans le gouffre du sommeil léthargique. Je rêvais à mille et une chose, mais surtout à ma mort prochaine.
Je songeais dans des draps frais et parfumés aussi doux que les pétales d’une fleur. De temps à autres une main douce venait rafraîchir mon front brûlant et murmurer à mon oreille des paroles inconnues qui m' apaisait. Je suivais dans mon esprit ses vas et viens comme un serpent suit le charme de la flûte tout en ignorant le charmeur. Ce qui vint perturber le silence de mon sommeil, ce fut les fourmillements éveillant les douleurs de mon bras gauche ankylosé. Je levais lentement mes paupières encore lourdes à cause de mon épuisement et je me vis couchée dans un berceau d’or et d’argent de forme ovale tiré par quatre hippogriffes aux ailes aussi rouges que le feu ardent de l’enfer.
Ma couche était recouverte de Lys blanc et mon bras blessé tenait dans un bandeau de soie chatoyant. J’avais la tête calée sur les genoux de l’archange aux ailes de corbeaux et celui-ci me regardait avec sa beauté arrogante. Il me dit dans un souffle « Je suis l’archange Uriel futur roi de l’empire céleste, je t’ai cherchée sur bien des terres ma divine et voilà qu’en fin je te retrouve à Brocéliande forêt païenne, quel hasard ».
« Je ne suis pas celle que vous croyez pourquoi m’avoir blessée… ».
« Ne parle pas garde tes forces Lucifer, il y a un temps pour toute chose. La morsure que Léviathan t’a infligée montre qu’il a reconnu son ancienne maîtresse. Il est vrai que sous la forme humaine que dieu t’a donnée tu es mortelle et sujet aux blessures comme à la douleur.
« Dieu ?? Mais … ».
« Dieu a voulu t’offrir son pardon et pour cela tu devais apprendre à vivre loin de ton trône infernal, parmi les hommes ! Il t’a offert une nouvelle âme une autre existence et toi tu as accepté ! »
« Mais alors qu’est-ce que vous me voulez, si je ne suis plus rien qu’une simple mortelle je n’ai aucune utilité pour vous ! »
« Pour moi c’est sur tu en as aucune, mais vois-tu la troupe qui nous entoure, ces milliers d’anges veulent croire en leur sauveur en leur bête de l’apocalypse. Celui qui les délivrera des chaînes du divin celui qui fut un jour à puissance égale avec Dieu. « Voulez-vous servir de moi pour mener votre propre guerre ? »
« C’est cela maintenant il est temps de prendre du repos mon bel ange infernal. Dort ! »
Emilie.K
15 mars 2006
La naufragée
(Le mont Fuji vu de Kanagawa, fameuse estampe d'Hokusai 1823-1829)
La naufragée
La mer me berçait dans son ventre froid et avide ou s’écoulait les vagues incessantes. Cela faisait trois heures que j’étais prise au piège dans l’immensité aquatique, trois heures que je poussais mon corps à se maintenir à la surface. Tant les eaux m’éloignaient des côtes, tant mon cœur battait à tout rompre, je voulais vivre !
Il y a une semaine de cela, le département d’art maritime du Louvre décidait de m’envoyer au Japon. Plus exactement au détroit de la Pérouse entre l’île d’Hokkaido et l’île de Sakhaline. Je devais y superviser la repêche d’une épave qu’on tenait pour un Galion français de l’époque Louis seize.
Jeune diplômée tout juste âgée de vingt-deux ans ce voyage était le résultat du travail de tant année et de tous mes espoirs. Il était rare qu’on accorde à une si jeune archéologue de plus est de sexe féminin, de débuter sur un sujet de fouille aussi important.
Chaque jour depuis mon arrivée au pays du soleil levant, j’avais plongé au fond du gouffre marin avide de découvrir ! Plus je nettoyais le bois user par le sable plus je découvrais les magnifiques cambrures du galion et son histoire. Parfois nous trouvions des objets de vaisselles ou encore de vieux pistolets ! Ce bateau mort reprenait peu à peu vie sous nos doigts ! Passionner je le chérissais comme si c’était mon propre enfant. Il y avait tant à faire et je me retrouvais toujours à quitter l’épave en dernière.
Mais voilà aujourd’hui j’avais traîné une fois de trop ! Une soudaine lame de fond m’emporta loin des côtes, du bateau, au milieu de nulle part en plein néant océanique!
Depuis plusieurs heures je me trouvais seule dans cette eau froide et noire, sous un ciel obscur à attendre un miracle un impossible sauveur ! A peine eux-je cette pensée qu’une nouvelle lame de fond m’emporta avec une violence telle que je tombais inconsciente !
A mon réveille le côté droit de mon visage me faisait mal, il semblait reposer sur un objet dur et tranchant. J’ouvrais les yeux pour les refermés aussitôt aveugler par l’intense lumière du matin !
Ce ne fut qu’après quelques minutes que mon esprit s'enclencha et fût apte à comprendre que j'avais échoué sur une plage de sable blanc et de galets noirs. C’étaient cela même qui avaient rendu le côté droit de mon visage douloureux !
Alors que je tentais de me relever, un son étrange et pourtant pas inconnu fendit l’air. Les bruits des sabots d’un cheval au galop. Cela me surprit, mais bientôt je fus réconforter de savoir qu’il y avait une autre présence humaine prête à me porter secours. Me relevant à bout de force, je cherchais à l’horizon d’où pouvais venir se bruit ! Au loin dans une lande courrait un cavalier ! Il semblait inhabituelle ment paré ! Lorsqu’il fut à une distance assez proche je compriS qu’il portait une armure de Samouraï…
Emilie.K
12 décembre 2005
La forêt du pardon
La forêt du pardon 12/12/2005
En deux mille dix la guerre des fées faisait rage sur terre. Il y a quatre mille ans de cela, les hommes et le peuple de Féeria passaient un accord. La planète terre revenait entièrement aux humains et les fées gardaient Féeria sa jumelle cosmique dans la dimension du miroir.
Il y avait une condition à ce pacte, chaque peuple devait promettre le respect dut aux forces de la nature équilibre de notre univers. Et l'ancien culte du dieu Harutam, esprit des forêts et créateur de vie ne devrait jamais être occulter.
Mais voilà la constance n'était pas le propre de l'homme. Ceci eurent vite fait d'oublier cette page de l'histoire, pour faire leur propre histoire. Bientôt ils se mirent à construire des empires et prirent la nature en servage. Les quelques populations qui avaient gardé l'ancien culte furent peu à peu anéantis. Et c'est dans une mare de sang celle de nos frères, que naquit le monde moderne.
Pour ma part je voudrais vous raconter, ce que je vécus en cette terrible année deux mille dix. Mon histoire commence à Brocéliande, on raconte dans une ancienne légende celte que cette forêt est une porte qui conduit au monde fée. Certains disent que, seuls ceux qui possèdent du sang fée peuvent la trouver et la traverser. D'autres rapportent, que la forêt ne fait pas de différence et quelle accueille tous ses enfants de la même manière. Quant à moi Brocéliande devint un jour mon refuge.
J'avais vingt-deux ans et dans ma fière jeunesse, j'assistais au chaos destructeur de la guerre. C'était l'hécatombe dans notre monde, les villes brûlaient, les hommes périssaient et nous étions impuissants faces à ce spectacle de morts et de désolations. Bien sûre que nous avions tenté de contrer l'attaque, avec nos puissances de feux. Mais qu'étaient nos armes aussi perfectionner furent-elles, face à la magie des fées. Nous étions dans l'inconnue de la menace, ignorant de ce qu'il fallait faire. Personne n'avait les connaissances nécessaires pour lutter contre l'adresse des flèches elfes, qui ne rataient jamais leurs cibles. Ou encore qui savait comment combattre le souffle ardent des dragons. Nous avions brisé le pacte et le peuple de Féeria venait nous punir et s'emparer de nos terres.
Face à notre humanité en pleine perdition, je fuyais de jour comme de nuit pendant des semaines durant à travers la lande. Sur mon chemin je ne rencontrais âme qui vive. Il n’y avait que désolations, cadavres et ruines calcinées. C’était effrayant. Le soir je dormais dans les arbres ou dans les herbes hautes, toujours sur le qui-vive prête à voir surgir une patrouille d’elfe ou de gobelin.
C’était par une fin de journée bruineuse, après de longues heures de marches je parvins à une forêt. Les forêts m’avaient toujours fascinées, mystérieuses, généreuses, elles étaient comme une grande église qui aimait à accueillir. Arrivée à l’orée du bois, les ténèbres qui en émanèrent m’apaisèrent. L’imposante frondaison et les murmures de la faune, furent comme une douce mélodie pleine de quiétude. Je pris un petit sentier, qui semblait ne pas avoir été emprunté depuis longtemps, il était en friche. Les feuillages des arbres débordaient sur la mince route, me caressant à mon passage et les ronces s’amusaient à se prendre dans mes jupes. Les arbres m’offraient un dais plein de protection. Le parfum des centaurées et des bais réchauffaient mon cœur. J’étais sale affamé, meurtrit dans mon âme et pourtant le sou-bois tout entier m’accueillait comme une reine.
Mais mon bonheur fut de courte durée. Mon cœur se serra brusquement au bruit d’un léger craquement qui me laissait présager le pire, on m’avait suivi. J’eus à peine le temps de me retourner pour apercevoir un elfe bandant son arc prêt à tirer. J’étais perdu pour de bon, la forêt ne me sauvera pas.
J’eus beau courir déjà le sifflement de la flèche d’argent présageait mon destin funeste. Me débattant dans la masse végétale, les racines et les branches tentaient de me retenir. Déboulant brusquement sur une clairière, les minces rayons solaires éclairèrent la pâleur de mes traits. J’étais à bout de force. Me retournant face à mon ennemi, j’étais prête à recevoir la mort en plein cœur. Et soudain s’interposa entre moi et mon destin un éclair blanc, une licorne d’ivoire. C’est elle qui reçut dans la douce blancheur de son flanc la flèche destructrice. Déjà l’elfe qui m’avait poursuivi, regardait son acte impardonnable, avec ses immenses yeux verts grands ouverts.
La forêt m’avait sauvé et j’en pleurais des larmes de profondes tristesses sur mon innocente protectrice. Allonger à même le feuillage licorne perdait tout son sang, qui imprégnait d’un rouge carmin le brun chaleureux de l’automne. Je serrais l'animal fort contre mon coeur, mes pleures ne tarissaient pas. Soudain se fut comme un miracle, mes larmes eurent tôt fait de guérir la plaie béante et bientôt le bel animal se releva. Elle nous regarda tour à tour une dernière fois à travers ses sages yeux azurés et sans fut dans la verdure et la floraison.
Deux héros venaient de naître dans la providence divine et c’est ensemble qu’un elfe et une humaine quittaient Brocéliande. Ainsi la forêt nous avait offert son pardon pour qu’à notre tour nous allions ouvrir les yeux au monde.
Emilie.K
11 décembre 2005
Ecume
Ecume 11/12/2005
La mer mugissait tout le bleu de sa peine et mes larmes coulaient à en perdre haleine. J’avais quitté ma terre natale d’Ecosse pour embarquer sur un navire marchand, direction les Antilles. Mon père m’y attendait avec son futur gendre. Un beau parti avait-il dit dans ses lettres, noble français il était dans la canne à sucre et possédait de nombreux domaines. Mais rien n'y faisait, j’avais le cœur lourd d’avoir du quitter notre manoir familial, mes amis et surtout ma mère.
« Ton père est cruel et capricieux mais il veut ce qu’il y a de mieux pour toi !» M’avait-elle dit.
Contre la rambarde de bois sur le pont, je pleurais à un avenir pour lequel je n’avais aucun goût et ces vagues qui heurtaient sans cessent la coque, elles se mouraient et la mer s’en moquait.
« Mademoiselle Alister ne vous penchez ainsi au-dessus de la rambarde le bateau pourrait tanguer et un accident est vite arrivé ! »
« Miss Black cela fait quarante jours que je me penche au-dessus de ces flots avides et pourtant ils ne semblent point vouloir me happer. »
« Ne faite pas de cet esprit là avec moi, vous êtes sous ma responsabilité, dois-je vous le rappelez ? De plus tous ces marins vous dévisagent ouvertement c’est répugnant, une jeune fille de bonne famille ne… »
« Dorothy ! Cela suffit ce bateau est celui de mon père et donc mien et j’y ferais ce qu’il me plaît. Laisser ces marins avec vos remontrances de bigotes, ils sont bien trop occupés à leur travail pour nous prêter de l’attention. »
Un brusque coup de vent gonfla les voiles relevant ma capeline et mes jupons blancs.
« Allons venez mademoiselle je vous prie. »
J’acquiesçais d’un vague mouvement de tête et je jetais un dernier regard sur l’immensité aquatique quand soudain, un point blanc attira mon attention. Après de longues minutes celui-ci se rapprocha, et je vis un cheval aussi pâle que l’écume ballotter pat les flots océaniques.
« Appeler immédiatement le capitaine Dorothy qu’on descende une chaloupe à la mer ! »
« Mais enfin mademoiselle Alister… »
« Faite ce que je dis Miss Black et vite ! »
Cela prit des heures et l’aide de trois canots pour extirper la pauvre étalons des eaux, déjà éreinté.
Ainsi je nomma Ecume le blanc destrier sortit des eaux. Il devint mon compagnon, apporté par la providence et la mer me parut plus belle et généreuse. Je n’étais plus seule dans ma destinée. Mais déjà au petit matin on vit au loin se hissé le pavillon noir d’un bateau et me revint les paroles de mère : « Les pirates recueillent la mort au son de la marée ! »
Emilie.K



